Retour d’expérience. La captation 3D au service de l’économie circulaire
Au cours de la mission, l’entreprise a mobilisé un scanner statique, un chariot de numérisation et un drone.

Retour d’expérience. La captation 3D au service de l’économie circulaire

My Digital Buildings a numérisé un Ehpad en vue de sa déconstruction, ouvrant la voie à la valorisation de ses matériaux. Retour sur une mission de captation 3D encore rare, mais qui devrait être amenée à se développer.

Suite aux inondations qui ont frappé l’Aude en octobre 2020, près de 170 bâtiments vont être démolis après avoir été acquis par le fonds de prévention des risques naturels majeurs. Et notamment l’établissement hospitalier pour personnes âgées dépendantes de Saint-Hilaire. Pour valoriser au mieux les matériaux du bâtiment, le CSTB a noué une convention de recherche et développement avec les établissements publics fonciers de Paca, et d’Occitanie, en charge de la rénovation de l’Ehpad de Saint-Hilaire. Son objectif ? « Expérimenter l’utilisation du BIM et de la numérisation de l’existant pour améliorer les processus de déconstruction en termes organisationnel, économique et environnemental, et notamment la valorisation des matériaux, le réemploi et le développement de l’économie circulaire », indique Nicolas Naville, chef de mission « Numérique pour la performance environnementale des villes et bâtiments » au CSTB.

Chariot de numérisation et drone

C’est dans ces conditions qu’est intervenu My Digital Buildings. « Nous avons été retenus pour réaliser la captation 3D de l’établissement de 4000m2, concevoir la maquette et identifier les matériaux, précise Benjamin Mehamedi, directeur des opérations de la startup spécialisée dans la création de jumeaux numériques de bâtiment. Au cours de la mission, l’entreprise a mobilisé un scanner statique, un chariot de numérisation et un drone.

Pour ce premier projet de déconstruction, la méthode employée n’a pas varié par rapport à une opération de captation 3D d’un bâtiment « classique ». « Le bâtiment était sinistré mais nettoyé et ne contenait pas de matériaux dangereux, comme de l’amiante par exemple », poursuit le responsable. Seule différence notable : « Avant de commencer la numérisation, nous avons étudié de manière attentive la structure du bâtiment afin d’identifier les murs porteurs, les cloisons séparatives et les épaisseurs de couche d’isolants notamment ». Car si le scan 3D peut permettre de distinguer certains matériaux, grâce au retour du signal laser, il est impossible pour lui de les caractériser. « L’interprétation reste l’apanage du professionnel », rappelle Romain Sommero, cofondateur de Capture solutions, fournisseur des scan 3D Leica geosystems de My Digital Buildings.

maquette_numerisation_deconstruction

Et la mission d’identification ne s’est pas arrêtée aux murs et cloisons. « Au fil de l’opération, nous avons également relevé les typologies de plafond, l’état des menuiseries, la présence de terminaux de chauffage, de systèmes de ventilation et des réseaux électriques… enfin lorsque cela était possible », précise Benjamin Mehamedi.

Expérimentation du CSTB

L’ensemble de ces données techniques relevées sur site ont été intégrées au cours de la modélisation. La maquette IFC enrichie a ensuite été remise à l’EPF d’Occitanie et au CSTB, en même temps qu’une visite virtuelle directement accessible depuis la maquette. Que va faire le CSTB de cette maquette ? D’abord, il va approfondir la caractérisation des éléments, en recoupant les informations entrées par My Digital Buildings avec différentes bases de données, comme la base INIES par exemple, et avec les informations issues des diagnostics.

« Nous cherchons à caractériser ainsi de façon détaillée l’ensemble des matériaux, qu’ils soient visibles ou non visibles (fondations, réseaux enterrés, composition des murs, présence de polluants), détaille Nicolas Naville, chef de mission au CSTB. Mais la mission ne s’arrête pas là. À partir de la maquette, nous allons en effet générer une bibliothèque de composants, elle-même enrichie de différentes données (typologies de déchets, poids, composition, analyse de leur réemployabilité…). Avec l’objectif de calculer des indicateurs, permettant d’estimer un pourcentage de valorisation en amont de l’opération, et de vérifier les objectifs en aval ».

Si l’outil du CSTB n’est pas amené à être déployé tel quel sur le terrain, il devrait faciliter à terme le développement de solutions commercialisables aux fonctionnalités assez proches. Actuellement, seul 1 % des éléments de construction est réutilisé après une première application.

ALS

Journaliste