RE 2020 : Une nouvelle donne pour le bois énergie ?
En France, le marché des granulés bois est passé de 30 000 tonnes en 2006, à 1,6 million de tonnes en 2019 (ProPellet France)

RE 2020 : Une nouvelle donne pour le bois énergie ?

Pas aussi favorisé que l’électricité, mais tout de même de bonnes raisons d’y croire. Avec l’arrivée de la RE 2020, le bois-énergie devrait renforcer sa place sur le marché du neuf. Les explications de Thomas Perrissin, vice-président du SFCB (syndicat français des chaudiéristes biomasse) et de Ghislain Eschasseriaux, délégué général du Fedene (Fédération des Services Energie Environnement).

 

L’arrivée prochaine de la RE2020 devrait bouleverser l’équilibre des énergies : en quoi le bois est-il bien positionné ? 

Thomas Perrissin. Deux éléments favorisent particulièrement le bois énergie dans ce nouveau contexte réglementaire. D’abord, le seuil maximal d’émissions de GES des consommations d’énergie – fixé à 4kg/CO2.m2.an dans les maisons individuelles en 2022 et à 6 kg/CO2.m2.an dans le collectif en 2024 – oriente de manière générale vers les énergies renouvelables. 

Un second facteur pourrait jouer : le besoin bioclimatique (Bbio) du bâtiment, en baisse par rapport à la RT 2012, devrait favoriser nos solutions de chaudière à granulés à chargement manuel, sans silo, qui offre une autonomie d’une semaine environ. Il s’agit d’une solution finalement assez proche d’une chaudière gaz en termes d’encombrement notamment. 

Ghislain Eschasseriaux. Le bois énergie est indéniablement bien placé, en termes d’efficacité énergétique comme de décarbonation, pour répondre aux nouveaux enjeux de la RE. Cependant, pour parvenir à remplir ses objectifs, il nous semble intéressant de mobiliser l’ensemble des filières, le bois bien entendu, mais également les autres énergies. Il n’y a pas un mix idéal, cela dépend des zones climatiques, des ressources locales…

Pour nous, il est avant tout primordial de maintenir le principe de la boucle à eau chaude à l’échelle du logement, comme de la ville via les réseaux de chaleur. La biomasse représente la première énergie renouvelable dans les réseaux de chaleur (17% en 2016). 

Comment la filière que vous représentez se prépare-t-elle à cette nouvelle donne ? 

TP. Les industriels ont fortement progressé ces dernières années. En 20 ans, les fabricants ont divisé par deux l’encombrement des chaudières à granulés. Et depuis quelques années, disposer d’un stockage conséquent n’est plus forcément nécessaire comme on l’a dit. Les systèmes d’alimentation à trémie ont remplacé les silos. Par ailleurs, l’hydraulique est désormais intégré directement à la chaudière, facilitant l’installation.

La fumisterie, qui pouvait également s’avérer complexe à mettre en œuvre il y a encore quelques années, a aussi considérablement évolué. Nous disposons désormais des règles professionnelles permettant le montage de la fumisterie en ventouse horizontale dans le neuf, ce qui réduit les coûts et facilite l’installation de nos solutions, notamment dans des bâtiments particulièrement étanches et dotés de ventilation performante. 

GE. Pour nous qui représentons les opérateurs de services énergétiques, l’enjeu de cette nouvelle donne se situe essentiellement au niveau des nouvelles offres de fourniture, d’installation, de maintenance et de pilotage. Il va s’agir de structurer la commande de combustible, plus importante en termes de volume et peut être moins saisonnière, de proposer de nouvelles solutions de régulation et de pilotage à distance, et d’évoluer vers des engagements accrus en matière de performance énergétique (CPE par exemple). 

Entretenir une chaudière bois dans le collectif ou en réseau de chaleur biomasse nécessite d’autres connaissances et compétences que son équivalent en gaz. Il va falloir monter en compétences, mais c’est aussi un excellent moyen de créer des emplois locaux non délocalisables, ou de valoriser la ressource en bois d’un territoire.

Et dans le tertiaire ? 

TP. Nous avons déjà investi ce secteur, avec les chaudières automatiques alimentées aux granulés ou au bois déchiqueté, offrant des solutions très économiques pour ces consommateurs. La RE 2020 devrait nous permettre de franchir un nouveau cap puisque nous sommes en capacité de challenger la PAC. Nous visons également le remplacement des chaudières fioul dans l’existant, marché boosté par le « coup de pouce » pour la sortie du fioul dans le domestique comme dans le tertiaire.

GE. Dans le secteur tertiaire (bureaux, bâtiments administratifs, hôpitaux, écoles…), l’enjeu, au-delà du neuf et de la RE2020, est d’abord le décret Eco énergie tertiaire avec la réduction importante de -40 % des consommations énergétiques exigées pour 2030. Dans ce contexte le bois-énergie, utilisé principalement sous forme de plaquettes et de granulés, comme les autres EnR pourront également se développer avec des systèmes toujours plus performants. En France, le parc des installations collectives et industrielles fonctionnant au bois-énergie a nettement augmenté depuis une dizaine d’années, pour atteindre, à fin 2019, près de 7 000 installations de plus de 50 kW. 

> En plus. Bois énergie et construction, lorsqu’une filière tire l’autre

« Le bois énergie (granulés bois, bois déchiquetés…) est produit à partir des déchets et sciure de la filière de transformation du bois construction. Le plus souvent les deux sont produits sur un même site, rappelle Thomas Perrissin (SFCB). L’industrialisation de l’une ou l’autre des filières permet donc d’entraîner l’ensemble des acteurs du bois ». Et de structurer une filière qui souffre d’un déficit commercial important, comme le soulignait un rapport de la Cour des Comptes en mai 2020.

Le plan « Ambition bois construction 2030 », présenté fin janvier par la filière bois forêt, doit remédier à ces carences. Il prévoit notamment le « recyclage de bois en fin de vie » : « Accroître la production de bois d’œuvre, libère aussi une production liée de bois d’industrie (par exemple, pour produire des panneaux à base de bois) et une production liée de bois « énergie », utile à la transition énergie-climat », rappelle-t-elle. 

ALS

Journaliste