Parole d’expert. Les 5 étapes pour réussir le déploiement d’une stratégie BIM GEM
Définition des cas d'usages, définition du paramètrage, intégration des données... Le déploiement du BIM GEM obéit à des règles précises.

Parole d’expert. Les 5 étapes pour réussir le déploiement d’une stratégie BIM GEM

AMO BIM et expert BIM exploitation chez AlyoS ingénierie, Julien Martin accompagne les maîtres d’ouvrage dans le déploiement de leur stratégie BIM GEM. Focus sur l’approche privilégiée par le bailleur social 1001 Vies Habitat, en cinq étapes. 

 

> Identifier les cas d’usage du BIM GEM

« Préalable indispensable, cette première étape doit permettre de recenser les usages actuels, en partant des process existants dans la structure. Il est essentiel d’aborder le BIM comme une occasion d’améliorer sa pratique professionnelle, et non comme un bouleversement. 

Dans le cas de 1001 Vies Habitat, les cas d’usages identifiés relevaient de problématiques en lien avec la gestion de patrimoine. Le bailleur a ainsi identifié cinq besoins auxquels le BIM GEM pouvait répondre : sécuriser et partager la donnée technique, faciliter la prise de décision, sécuriser le processus d’investissement (la programmation de travaux à 3 et 10 ans), suivre les obligations réglementaires (amiante, plomb) et réduire le coût d’exploitation de ses ouvrages, qui représente 75% du coût total d’un bâtiment. 

> Déployer un référentiel et définir le paramètrage

Une fois les cas d’usages identifiés, il faut pouvoir mettre en face des données et construire une arborescence. Autrement dit, s’interroger sur les données à intégrer – ce qui implique de savoir où les chercher et à quel coût – puis sur l’approche ad hoc pour les structurer (localisation, caractérisation IGH par exemple). 

1001 Vies Habitat utilisant déjà trois systèmes d’information internes distincts – pour le suivi financier, le suivi d’opérations et la gestion locative – il était impératif que l’outil de BIM GEM retenu s’interface sans difficulté avec ces derniers. Par exemple, pour que chaque logement dispose d’un numéro unique et soit ainsi aisément identifiable dans les différents bases existantes. Le bailleur a retenu la solution Active 3D de Sopra Steria. 

> Intégrer la maquette et les données : déploiement progressif ou bing bang ?

Lors de cette étape, deux stratégies distinctes peuvent être menées. La première consiste à intégrer les données au référentiel GEM de façon progressive, en commençant  par les données alphanumériques sur le patrimoine existant puis en important les informations contenues dans les maquettes issues des constructions neuves et des réhabilitations (DOE). La deuxième approche vise à industrialiser la bimisation du patrimoine existant – le plus conséquent – puis à importer des maquettes issues des constructions neuves et des réhabilitations.

Il faut privilégier l’une ou l’autre en fonction des impacts financiers (coûts de production de la maquette liés au rythme des rénovations par exemple), techniques (cas d’usages retenus) et organisationnels (moyens humains). Les coûts ont ensuite tendance à s’équilibrer sur la durée. 

Strategie_deploiement_BIM

Il est cependant envisageable de mixer les stratégies à différents degrés. C’est ce qu’a fait le bailleur social 1001 Vies Habitat en optant pour une intégration du maximum de données alphanumériques avant de se lancer dans la base graphique. À court terme, il a importé les données IFC des DOE de construction neuve et de réhabilitation. Mais, il a également planifié à moyen/long terme l’importation des maquettes du patrimoine existant, réalisées à partir de plans 2D et/ou de relevés sur site. Cette bimisation du parc existant sera conduite dans le cadre d’une convention de recherche avec le CSTB, et après avoir testé l’approche dans un bâtiment pilote. Cette approche mixte permet de disposer rapidement d’un outil qui répond aux besoins de la gestion technique tout en élaborant une stratégie de modélisation du parc sur le long terme. 

> Définir l’accompagnement et la formation interne 

On l’a dit, le BIM ne se décrète pas, il se partage. Cette étape de co-conception de la solution avec l’ensemble des parties prenantes est donc tout aussi cruciale que les choix techniques effectués. Le BIM GEM doit être un véritable projet d’entreprise, il faut donc bien réfléchir en amont de son déploiement à la façon dont on va l’articuler avec les process métiers de chacun. Pour cela, il faut identifier un chef de projet et une équipe d’experts, mettre en place des ateliers de conception thématiques – parfois inter-dépendants – à destination des collaborateurs, mais aussi des externes amenés à travailler avec la solution… Une charge de travail conséquente  pour la structure. 

Et ce travail collaboratif ne s’arrête pas une fois la solution déployée comme l’a constaté le bailleur social. Avec les premiers retours terrain, la stratégie édictée dans la charte BIM a évolué en même temps que le paramètrage. Particulièrement délicate, l’opération nécessite une excellente coordination entre la DSI, les experts du groupe de travail et les métiers. 

> Suivre les indicateurs de ROI

Une fois l’interaction entre les bases alphanumérique (les données) et graphique (la maquette) effectuée début 2020, les différents intervenants ont pu commencer à travailler avec la maquette. Aujourd’hui, il est possible d’effectuer des requêtes thématiques afin d’extraire les informations utiles pour élaborer les plans d’entretien pluriannuel à 3 ans par exemple. Dans quelques temps, le gestionnaire disposera de fonctionnalités en lien avec les obligations réglementaires (présence d’amiante liste A, B, C) et la création de PSP (plan stratégique patrimoine, sur 10 ans). 

L’ensemble des cas d’usage identifiés au cours de cette première étape de déploiement devrait être accessibles via la maquette en 2021. Pour sécuriser cette stratégie, qui devrait encore évoluer dans les prochaines années, le bailleur a tenu à disposer d’une solution interopérable, reposant sur l’IFC. » 

> En plus : Lancement de bSF France, et de son groupe de travail consacré au BIM GEM 

Le groupe de travail BIM GEM de l’association bSF France – qui promeut l’open BIM via le format IFC interopérable – a été lancé début 2021. Animé par Julien Martin, il se propose de standardiser le cadre du BIM GEM. « Données à intégrer dans les modélisations (DOE et maquette exploitation-maintenance), codification et classement de celles-ci, structuration de la modélisation qui varie selon les outils de GMAO, réflexion sur le stockage et la maintenance des jumeaux numériques dans le temps… », la liste des thèmes couverts par est fournie. Trois groupes de travail sont donc actuellement mis en place pour une durée d’un an.  Les résultats des travaux du GT BIM GEM seront diffusés sous forme de mémos pratiques, de guides méthodologiques et d’expérimentations. Pour en savoir plus, ou pour participer, rendez-vous sur le site de bSF France ou auprès de leurs relais régionaux (le CD2E pour les Hauts-de-France par exemple). 

> Le replay du [RDV Experts Vertuoze] « BIM GEM : Stratégie d’implémentation du processus BIM dans la gestion, l’exploitation, la maintenance des ouvrages » est disponible ici 

 

ALS

Journaliste