Interview. « L’essor du marché du smart building n’est pas remis en cause à moyen terme » (Xerfi)
Le chiffre d’affaires du panel de spécialistes de Xerfi devrait reculer de 3% en 2020 pour rebondir de 12% en 2021.

Interview. « L’essor du marché du smart building n’est pas remis en cause à moyen terme » (Xerfi)

Xerfi vient de publier l’étude « L’envolée du marché du smart building – Leviers de croissance et d’évangélisation du marché et perspectives du jeu concurrentiel à moyen terme ». Les explications de Pierre Paturel, directeur d’études.

Comment le marché français du smart building a-t-il traversé la crise du Covid-19 en France? 

Précisons au préalable que le concept de smart building repose sur l’intégration des technologies numériques dans le bâtiment non résidentiel pour en améliorer le fonctionnement technique tout en fournissant de nouveaux services aux usagers afin d’accroître leur confort et leur productivité. Le marché recouvre donc tous les équipements et logiciels qui contribuent à la réalisation de bâtiments intelligents. Cela va des solutions amont de conception, en utilisant le BIM, à l’optimisation des services d’entretien et de maintenance des bâtiments, en passant par toute la gamme des équipements connectés de régulation et de gestion technique des bâtiments (GTB).

Si le chiffre d’affaires cumulé des spécialistes du smart building a doublé entre 2014 et 2019, la crise du Covid-19 a mis un coup d’arrêt à cette très forte croissance, sans remettre en cause l’essor du marché moyen terme. Certes, les fondamentaux restent solides : amélioration rapide de l’offre, réglementation de plus en plus favorable, intérêt croissant des investisseurs pour la valeur verte des bâtiments, besoins de bureaux flexibles… Toutefois, le marché de l’immobilier tertiaire va entrer dans une période de récession et les projets de rénovation seront également moins nombreux.

Dans ce contexte, le chiffre d’affaires de notre panel de spécialistes du smart building va reculer de 3% en 2020 pour rebondir de 12% en 2021 (contre +16% en 2019). Un rebond qui sera en partie en trompe-l’œil, compte tenu d’un effet de base favorable. De son côté, le marché de la GTB sera davantage affecté par la crise économique mais il renouera avec la croissance l’an prochain (+6%). 

Quels acteurs tireront le mieux leur épingle du jeu ? 

Les start-up proposant des solutions d’efficacité énergétique seront certainement les acteurs qui traverseront le mieux la crise. Mais la concurrence est rude. Pour atteindre rapidement une taille conséquente, certaines jeunes pousses nouent des partenariats étroits avec des grands groupes (fabricants de matériels et d’automatismes, acteurs intégrés du bâtiment et grands énergéticiens), jouant ainsi leur rôle de complémenteurs auprès des acteurs pivots d’un écosystème de smart building. Les opérateurs historiques seront eux pénalisés par les pressions sur les prix et le ralentissement des chantiers neufs et de rénovation au moins jusqu’en 2021. Ensuite, le redressement espéré de la conjoncture et les contraintes réglementaires, conjuguées à l’amélioration de l’offre, assureront une croissance solide.

Si la filière regroupe un grand nombre d’opérateurs, il est possible de distinguer trois grands groupements stratégiques : les équipementiers, les facilitateurs et les prescripteurs. Pour rendre leurs équipements intelligents, les équipementiers ajoutent une couche logicielle intelligente aux matériels qu’ils installent et y adossent une solution numérique de supervision dédiée au gestionnaire du bâtiment. Une telle évolution les incite à se développer dans les services, en assurant davantage qu’auparavant l’exploitation et la maintenance de leurs produits.

De leur côté, les facilitateurs (gestionnaires de réseaux, start-up de la filière et géants du numérique) fournissent les outils physiques et numériques aux acteurs applicatifs pour rendre le bâtiment intelligent. Et ils occupent une place de plus en plus importante au sein de la filière avec la digitalisation du bâtiment. Ils doivent néanmoins réussir à s’imposer comme partenaire technologique incontournable ou viser leur rachat par un acteur en amont.

Quant aux prescripteurs (promoteurs, foncières, constructeurs, facility managers, énergéticiens…), ils ont un rôle décisif à jouer pour hisser les smart buildings, aujourd’hui entre les mains d’un cercle de spécialistes, au rang de marché lisible et mature. Leurs principales limites sont actuellement le manque de structuration et de visibilité de leur offre ainsi que des défauts de qualité. 

Quels sont les efforts des acteurs pour rendre leurs offres plus lisibles ? 

L’essor du marché du smart building va en réalité dépendre de l’amélioration de la qualité des solutions, de la structuration et de la lisibilité des offres ainsi que de l’interopérabilité des différentes solutions et briques technologiques du bâtiment connecté. Pour rendre leurs offres plus lisibles, les acteurs se lancent dans la création de marque et/ou entité dédiée, la mise en avant de bâtiments vitrines ou encore l’installation de show rooms.

Pour proposer une offre qualitative plus complète, ils ont recours à des partenariats ou procèdent à des rachats stratégiques afin de se doter de nouveaux savoir-faire dans les équipements connectés, le BIM, l’energy management ou encore le développement de services aux occupants. Pour faciliter l’interopérabilité, nombre d’entre eux abandonnent peu à peu les technologies propriétaires dans le but de favoriser les solutions ouvertes et la création d’écosystèmes.

La transition de leur modèle vers le serviciel est également une piste explorée, en particulier par les équipementiers et les acteurs de la construction. Cela permet en outre de lisser les revenus et de réduire son exposition aux cycles conjoncturels. 

> Présentation de l’étude