Les 3 particularités du premier bâtiment neuf au monde chauffé grâce à des ordinateurs

Les 3 particularités du premier bâtiment neuf au monde chauffé grâce à des ordinateurs

Un immeuble neuf de 49 logements et bureaux répartis sur six niveaux, rien d’extraordinaire. Pourtant ce bâtiment « Le Florestine », symbole d’une réhabilitation accrue du quartier Grand parc à Bordeaux menée par le bailleur social Gironde habitat, est devenu en octobre 2018, le premier bâtiment neuf au monde chauffé grâce à la récupération de la chaleur dégagée par des ordinateurs. Une innovation qui en a apporté d’autres. Zoom sur les trois particularités majeures de ce bâtiment.

1/Les serveurs informatiques permettent de chauffer une pièce

Anciennement appelé Q-Rad, le QH.1 est un chauffage intelligent qui fonctionne grâce aux charges de calculs informatiques envoyées.

Le système QH.1, c’est un peu comme si vous aviez dans votre salon 10 ou 12 serveurs embarqués dans les radiateurs. Étonnant et pourtant, c’est la technologie utilisée par Qarnot Computing. (Ndlr : Anciennement appelé Q-Rad) le QH.1 est un chauffage intelligent (de troisième génération) et connecté qui fonctionne grâce aux charges de calculs informatiques envoyées. Il s’agit plus précisément de processeurs embarqués qui réalisent de petites tâches complexes pour les banques, des recherches et fournissent des calculs informatiques de plus ou moins grandes quantité selon la demande de chauffe).

Le bâtiment bordelais a été doté de 346 radiateurs-ordinateurs QH·1, recouvrant toutes les pièces, hormis les salles de bain. Pour y arriver, la société a été sollicitée en amont du projet : « Nous avons été intégrés très tôt. Ce qui nous a permis d’assurer que toutes nos exigences, à savoir un bâtiment raccordé à la fibre, puis une prise électrique et une prise RJ45 par radiateur, étaient bien respectées », explique Quentin Laurens, porte-parole. Selon lui, le bâtiment a été pensé autour du radiateur alors qu’en temps normal, ce sont les derniers éléments, après les peintures, qui sont installés lors de la conception d’un bâtiment.Pour la partie chauffage, le dimensionnement, prenant en compte l’isolation du bâtiment et la taille des pièces, a permis d’obtenir le permis de construire avec les titres V « Opération », dérogation ponctuelle, ce qui a permis d’abattre 75% de la consommation électrique.

2/La partie intelligente du radiateur

Le radiateur-ordinateur chauffe, mais pas uniquement ! Comme il est présent dans toutes les pièces d’un logement, il possède une vue d’ensemble sur la vie à l’intérieur. Qarnot propose donc une fonctionnalité complémentaire au chauffage, que chaque habitant peut utiliser s’il le souhaite. Elle permet de remonter les éléments perçus par les capteurs intégrés au radiateur : température, CO2, taux d’humidité… Le QH.1 intègre alors des capteurs et interfaces qui collectent des données et qui sont reliés à la plateforme de pilotage du bâtiment. « Nous sommes restés sur des capteurs fonctionnels, comprenant la consommation électrique des radiateurs, la température pour savoir si les radiateurs fonctionnent bien et surtout la qualité de l’air intérieur », développe le porte-parole. Sur ce dernier point, Qarnot a développé un algorithme qui colore une led du radiateur quand l’air est dégradé pour inviter les occupants à aérer. Par effet induit, grâce à cette technologie, l’architecte, Moon safari, a pu supprimer les gaines de ventilation prévues dans le bâtiment. Une anecdote peut-être, mais qui lui a fait gagner un étage entier sur le plan local d’urbanisme. Pour la partie bureau, des capteurs de mouvements, de bruits et de CO2 ont été installés afin de connaitre les taux d’usage de l’utilisation du bâtiment et pour, à l’avenir, aider la maîtrise d’ouvrage à définir si le besoin en salles de réunion est prépondérant sur les bureaux, par exemple.

3/Une gestion à deux niveaux

Livré en octobre 2018, le bâtiment bordelais semble remplir ses objectifs. Le projet était un « baptême du feu » pour Qarnot et l’architecte. Pourtant, cela fait trois hivers que les radiateurs chauffent et que les occupants ont l’air satisfaits. D’abord d’un point de vue pratique puisque les occupants ont accès à une interface leur permettant de gérer au mieux leur logement en suivant la qualité de l’air par exemple, mais aussi de gérer leur Wi-Fi (ou encore avec la possibilité de déclencher des alertes en cas d’intrusion, mais pas pour ce cas pratique-ci). 20% des occupants l’utilisent actuellement. Au niveau économique, c’est Qarnot qui gère les factures. La société rembourse la facture d’électricité des usagers finaux. D’un point de vue maintenance, Qarnot dispose d’une vue sur l’ensemble des processeurs installés. Un plus car 90% des opérations de maintenance peuvent donc être entreprises à distance. Les 10% restants relèvent de la mécanique (boulon, câble, etc.)

Le saviez-vous ?

Les calculs informatiques d’entreprises tierces (banques, studios d’animation 3D, machine learning, Recherche…) sont réalisés sur l’infrastructure Qarnot, qui a la particularité d’être distribuée : chaque radiateur-ordinateur ou chaudière numérique est donc en quelque sorte un mini data-center. Autrement dit, les calculs des premiers clients de Qarnot (banques, studios d’animation 3D…) sont exécutés dans les radiateurs et chaudières des seconds clients de Qarnot (bailleurs sociaux, collectivités locales, mairies…). Ces calculs ont d’ailleurs servi à produire le film d’animation « Les Minions 2 » ou encore à étudier le repliement des protéines dans le cadre de l’initiative Folding@Home durant le premier confinement. 850 serveurs haute performance ont tourné jour et nuit pendant 1 mois.

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Journaliste