Interview. Les conseils de Manexi pour réussir ses premiers pas dans le labyrinthe du décret tertiaire 

Interview. Les conseils de Manexi pour réussir ses premiers pas dans le labyrinthe du décret tertiaire 

Plus que quelques mois pour saisir les premières données de son parc immobilier sur la plateforme Operat, première étape du dispositif définit par le décret tertiaire. Choix de l’année de référence, définition des plans d’action, approche patrimoniale… Présentation des points de vigilance et conseils d’Anthony Roux, responsable du pôle énergie chez Manexi.

L’arrêté « méthode » du 10 avril 2020 puis l’arrêté « seuils » du 24 novembre 2020 ont enfin précisé le cadre du décret tertiaire… Comment sont-ils perçus par vos clients ?

Grâce à ces nouveaux arrêtés, les clients savent qu’ils ont deux objectifs possibles pour chacun de leur bâtiment : l’objectif dit « valeurs relatives », soit la baisse de 40, 50 et 60% des consommations sur les prochaines décennies, soit l’objectif dit « valeurs absolues », c’est à dire un seuil de consommations /m² à atteindre en fonction de leurs spécificités (typologie des bâtiments, usage spécifique, zone géographique, intensité d’usage etc.).

Si l’atteinte de l’un ou l’autre de ces objectifs sera automatiquement évaluée par la plateforme Operat, les assujettis doivent cependant construire un plan d’actions qui permettra d’atteindre l’objectif le plus pertinent, c’est à dire dans la plupart des cas le moins contraignant. L’enjeu et la difficulté résident donc dans la bonne définition des plans d’actions afin d’atteindre l’un de ces deux objectifs à partir de l’année de référence, tout en intégrant les contraintes ou possibilités du bâtiment : budgets travaux déjà intégrés et pouvant avoir un impact sur la performance du bâtiment, lissage des investissement nécessaires, prise en compte de l’occupation ou de la vacance de certains bâtiments ou parties de bâtiments, etc.

Quelle est la seconde difficulté rencontrée ?

La seconde interrogation porte sur le choix même de cette année de référence, un paramètre très important. Même si les pouvoirs publics ont repoussé cette étape d’un an, de septembre 2021 à septembre 2022, la question se pose d’ores et déjà. Et là aussi, il peut être difficile de trancher : il est nécessaire pour prendre cette décision de connaître l’historique des travaux effectués dans chacun des bâtiments afin de choisir l’année qui permettra d’obtenir le volume d’économie d’énergie le plus important, notamment grâce à la valorisation des actions déjà menées avant la parution du décret. Si ceux qui disposent d’un service technique y parviennent sans trop de difficulté, pour les autres, cela peut être plus compliqué. Par ailleurs, l’arrêté du 10 avril 2020 précise les modalités de modulation de ces objectifs maximum pour des raisons techniques, architecturales ou économiques, qu’il faudra dûment justifier avant septembre 2026… Plus le parc est important, plus les arbitrages sont donc nombreux… et complexes.

Une fois les premières informations intégrées à la plateforme Operat, en cours de développement, le décret prévoit l’élaboration de plan de travaux pour parvenir à ces objectifs…

Le décret tertiaire implique un engagement sur le résultat final, et pas seulement une obligation d’audit ou de moyens. La qualité de l’accompagnement dans l’élaboration de ces plans de travaux est donc primordiale. Et même si les parties prenantes ont le temps pour les élaborer, il semble opportun de se pencher dès maintenant sur le sujet.  Les plans d’actions peuvent en effet mobiliser différents acteurs – propriétaires et locataires – et de nombreux leviers nécessitant des investissements plus ou moins conséquents : isolation de l’enveloppe, changement des systèmes énergétiques, mises en place de solutions de pilotage, sensibilisation des usagers… Il est donc essentiel d’élaborer des actions adaptées à chaque bâtiment, en fonction des gains énergétiques attendus et du retour sur investissement.

D’autre part, dans le cas où le parc comprend plusieurs bâtiments, il peut être intéressant de réfléchir de façon globale. Si nous alertons sur les risques liés à une stratégie d’échantillonnage* trop large, pouvant entrainer un niveau d’incertitude important sur l’atteinte réelle des objectifs, nous proposons de réfléchir en termes de stratégie patrimoniale. Autrement dit, de prendre en compte les plans pluriannuels de travaux déjà définis afin de pouvoir éventuellement transférer le dépassement de l’objectif de certains bâtiments (surperformance) à d’autres bâtiments en dessous des objectifs, et donc de mutualiser les efforts. Pour accompagner nos clients dans le suivi de cette stratégie, nous leur proposons donc en complément des prestations d’animations annuelles des plans d’actions afin de s’assurer de l’atteinte des objectifs, ce qui est plus communément appelé « Energy Management ». Nous pouvons également proposer un accompagnement patrimonial plus global intégrant en complément une stratégie RSE, bas carbone ou ISR.

* L’échantillonnage consiste à prendre pour hypothèse que deux bâtiments qui se ressemblent ont des plans d’actions duplicables.

ALS

Journaliste