Interview.  « BIMPLEMENT veut intégrer les entreprises de bâtiment dans la démarche BIM »
Capture d'écran d'une maquette Trimble connect.

Interview.  « BIMPLEMENT veut intégrer les entreprises de bâtiment dans la démarche BIM »

Comment aider les entreprises de construction à améliorer leurs pratiques sur les chantiers grâce au BIM ? C’est à cette question que répond BIMPLEMENT, mené par Astus construction. Les explications de Myriam Olivier, docteur en génie civil, une des responsables du programme. 

 

Pourquoi ce programme ? À quels besoins répondait-il ? 

Actuellement, lorsque l’on parle du BIM, on a en tête le BIM en phase « conception », la collaboration entre architectes et BET, le processus BIM… Il est beaucoup plus rare de s’interroger sur les besoins des maîtres d’ouvrage et des gestionnaires de patrimoine, et encore moins des entreprises qui vont réaliser les travaux. Partant de ce constat, le programme européen BIMPLEMENT*, conduit par Astus, s’est penché sur ces « angles morts » du BIM.  

Comment la maquette conçue par l’équipe de maîtrise d’oeuvre, maquette qui a notamment permis d’identifier et de régler les conflits techniques et géométriques du futur bâtiment, trouve-t-elle sa traduction sur le chantier ? Aujourd’hui, dans les projets qui ont été réalisés en BIM, une majorité d’entreprises ne se sentent pas concernées par les maquettes BIM. Elles ne sont donc pas équipées d’outils permettant de transmettre simplement aux compagnons l’ensemble des informations contenues dans la maquette. 

Résultat : on se retrouve par exemple avec 5-6 plans de réseaux différents et des plans 2D extraits de la maquette… et chacun continue à travailler comme il a l’habitude, sans pouvoir vraiment tenir compte du travail fait en phase conception sur la gestion des interfaces, mal rendu avec les seuls plans 2D. Avec les risques qui en découlent en termes de non-qualités, puis de temps perdu à refaire ce qui n’a pas été correctement réalisé (réservation supplémentaire dans le mur, jonction mur-charpente à reprendre, déplacement de tuyaux…). C’est dommage lorsque l’on sait que la maquette permet d’identifier très concrètement ces points de vigilance grâce à la 3D. Rappelons qu’une maquette correctement réalisée permet de gérer en amont plus de 90% de ces problèmes. 

Quelles solutions apportez-vous avec BIMPLEMENT ? 

Pour répondre aux craintes des entreprises, qui imaginent le BIM comme trop compliqué, trop cher, ou pas adapté à la réalité de leurs métiers, nous avons opté pour un programme ne nécessitant pas d’investissement en logiciel ou de formation lourde (1 à 2 jour maximum pour les compagnons, 3 pour les responsables). La formation s’appuie sur différents viewers gratuits Tekla BIM Sight et sa nouvelle version TRIMBLE Connect, Solibri anywhere de Nemetschek, eveBIM du CSTB, BIM Vision 

On apprend aux stagiaires à se déplacer dans la maquette, à faire des coupes, à masquer un objet et voir ce qu’il y a derrière. Puis on explique comment trouver les données des objets, comment afficher des documents techniques liés à la maquette (plans 2D, carnets de détail pour la gestion de l’étanchéité d’une fenêtre par exemple), enrichir ces mêmes données (en ajoutant une vidéo/photo d’une partie réalisée qui sera ensuite cachée, en remplissant en ligne des fiches de contrôle-qualité…). Le but est que les artisans utilisent la maquette comme un support d’informations à jour, une base de données, lorsqu’ils sont sur le terrain, que la maquette devienne un outil de chantier… 

Dernier axe de la formation : le développement de la communication entre les différents intervenants, toujours via la maquette. On leur montre qu’il est possible de s’envoyer des messages pour se coordonner entre corps d’état, ou de transmettre à la maîtrise d’oeuvre les modifications faites par rapport au projet initial, en envoyant les spécifications du matériel réellement mis en place, ou en précisant par exemple les références des lampes finalement utilisées. Des informations qui permettent à l’équipe de maîtrise d’oeuvre de mettre à jour la maquette, et de transmettre un DOE numérique complet au gestionnaire final du bâtiment.

Et maintenant ? Comment les outils vont-ils se déployer ? 

Nous avons conçu et animé la formation dans trois centres de formation bâtiment de la région Auvergne Rhône-Alpes avant la crise du Covid-19. Les sessions, obligatoirement assurées en présentiel, ont été réalisées en lien avec des projets réels, mais elles sont actuellement suspendues malheureusement. Des formations pour les formateurs ont en revanche été proposées en distanciel.

Les entreprises doivent désormais s’en emparer. Mais pour cela, il faut qu’elles ressentent clairement une demande de la part de la maîtrise d’ouvrage et de la maîtrise d’oeuvre. Cela passe par la rédaction de cahiers des charges et de conventions BIM précises sur ce point. La maîtrise d’ouvrage doit utiliser son pouvoir pour inclure les entreprises dans un processus BIM global, d’imposer la formation des professionnels du chantier à la démarche BIM. Constructys, l’opérateur de compétences de la construction, est intéressé par notre démarche et est prêt à la financer. L’approche BIMPLEMENT doit entraîner l’ensemble des intervenants d’un projet dans un cercle vertueux des rôles et des responsabilités. Et même plus qu’un cercle, une communauté. 

> L’ensemble des rapports de travail sont disponibles sur la page de BIMPLEMENT et les principaux rapports, traduits en français seront prochainement disponibles sur le site d’Astus 

* Le programme BIMPLEMENT est intégré au projet Horizon 2020 Energy Efficiency, animé par EASME, l’agence exécutive qui gère des programmes de l’UE concernant les PME, la recherche, l’environnement, l’énergie et le secteur de la pêche. Pour en savoir plus

ALS

Journaliste